L’objectif de la microhistoire n’est pas de réduire l’analyse historique à l’anecdotique, mais à l’inverse d’éclairer différemment les grands événements ou phénomènes historiques. Cette approche autorise « une reconstitution du vécu inaccessible aux autres approches historiographiques », mais permet également de repérer les « structures invisibles » autour desquelles ce vécu est organisé1. En d’autres termes, elle permet ainsi d’une part de lever le voile sur des personnes jusqu’alors ignorées par l’historiographie et, d’autre part, d’analyser et comprendre leur participation à la « grande histoire ». La microhistoire permet ainsi de combler les lacunes induites par les pratiques privilégiant des sources et en négligeant d’autres, à travers la restitution d’expériences individuelles. Aucune étude n’a jusqu’à présent été consacrée à Mme Dupré de Saint-Maur. Elle n’est que très rarement mentionnée dans les analyses, peu nombreuses, des travaux de son mari, membre de l’Académie française. Son nom apparaît parfois dans le cadre d’éditions de correspondances d’hommes des Lumières comme Montesquieu. Enfin, les travaux portant sur son fils Nicolas, intendant de Berry puis de Guyenne, n’ont guère été l’occasion d’approfondir l’étude de Mme Dupré de Saint-Maur. L’enjeu de mes travaux est de dépasser une connaissance superficielle de l’épouse, la mère ou l’amie de tel homme, mais bien de s’intéresser à Mme Dupré de Saint-Maur pour elle-même. Femme de son temps, Mme Dupré de Saint-Maur tient salon. Il m’a semblé intéressant de travailler sur les formes de sociabilité de la noblesse et plus spécifiquement sur la sociabilité du salon robin, ses pratiques sociales et culturelles. Rare espace de sociabilité structuré autour d’une femme2, le salon constitue un lieu d’étude intéressant pour essayer de comprendre le réseau relationnel de Mme Dupré de Saint-Maur ainsi que son positionnement vis-à-vis des idées nouvelles des Lumières, malgré le très faible nombre de sources mentionnant ce salon de la rue Michel le Comte.
Tous les articles par RK Ortega-Trinh
Mayeul Gattus-Ferriol. “À l’ombre de l’histoire des autres” de Camille Lefebvre
Publié aux éditions de l’EHESS en 2022, cet ouvrage est un essai d’histoire familiale. L’historienne Camille Lefebvre, spécialiste de l’Afrique coloniale, y fait un pas de côté pour retracer les trajectoires familiales qui ont mené à la présence de ses quatre grands-parents à Paris dans les années 1950. Il s’agit de trajectoires familiales diverses, marquées par l’exil.
Alienor de Cherisey. “Histoire de la Mésopotamie” de Véronique Grandpierre, éditions Folio, 2020
Dans notre imaginaire commun contemporain, la Mésopotamie nous paraît quasi légendaire. Nous l’associons aisément à des personnages ou lieux tels que Gilgamesh ou Babylone, mais elle reste très largement méconnue. Située entre le Tigre et l’Euphrate, dans une région correspondant principalement à l’Irak actuel, elle est considérée comme l’un des plus anciens grands foyers de civilisation connus de l’histoire humaine. C’est en Mésopotamie qu’apparaissent les plus anciennes villes connues, les plus anciens États organisés connus, l’écriture cunéiforme, la roue ou encore certaines des plus anciennes formes connues de lois et d’administration. Une grande partie des bases de nombreuses sociétés contemporaines trouve donc son origine dans cette civilisation ancienne (la civilisation mésopotamienne s’étend d’environ -3500 à 539 av. J.-C.).
Malgré son importance historique, la Mésopotamie est souvent moins connue du grand public que l’Égypte antique ou la Grèce. Pourtant, les Sumériens, les Babyloniens ou encore les Assyriens ont profondément marqué l’histoire humaine par leurs innovations politiques, économiques et culturelles. Cette relative méconnaissance rend particulièrement intéressante l’étude d’ouvrages consacrés à cette civilisation.
L’ouvrage Histoire de la Mésopotamie de Véronique Grandpierre propose de revenir sur l’évolution de cette civilisation fondatrice. À travers cette étude, nous pouvons mieux comprendre comment les premières sociétés urbaines se sont organisées et comment elles ont posé les bases d’éléments qui structurent encore de nombreuses sociétés contemporaines.
Chloé Gondo. Une enquête collective à partir de sources militantes : Monique Hervo et le bidonville de Nanterre La Folie
De janvier à avril 2026, Annick Lacroix, maîtresse de conférences à l’Université Paris Nanterre (IDHES) et spécialiste de l’Algérie pendant la période coloniale, et Muriel Cohen, maîtresse de conférences à Le Mans Université (TEMOS) et autrice d’une thèse consacrée au logement des travailleurs algériens après la Seconde Guerre mondiale1, ont co-animé un séminaire sur les conditions de vie au sein du bidonville de La Folie à Nanterre dans les années 1960. Cette enquête réalisée à partir de sources orales collectées à l’époque a permis à des étudiant.e.s de première et deuxième année du master d’histoire de l’Université Paris Nanterre de contribuer à la préparation d’une exposition consacrée à la militante franco-algérienne Monique Hervo et prévue à Nanterre, à La Contemporaine, en 2029.
Kerrien Belliot. Bilan de la journée de l’ESNA 2026
Chaque année, l’ESNA – Empires, sociétés, nations. Amérique, Méditerranée occidentale XVe– XIXe siècles – organise une journée d’audition et d’études. Les mastérants comme les doctorants sont invités à rendre compte de leurs avancées et de leurs découvertes.
Ils ont face à eux un public composé d’étudiants et de chercheurs, et qui peut s’inspirer de ces recherches, ou à l’inverse prodiguer des conseils. L’influence est donc mutuelle. L’édition de 2026 s’est déroulée le 25 mars. Elle a été organisée par deux étudiants de M2 : Inès Mardikian et Nathan Isard, que nous tenons tous à remercier pour leur dévouement et leur gentillesse dans cet exercice.
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Théo Le Gal. Etienne Mayet, un immigré français au service des rois de Prusse à la fin du XVIIIe siècle
Cet article retrace le destin d’Étienne Mayet, fils de marchand, qui émigra à Berlin en 1776 où il devint le directeur des fabriques du roi de Prusse, Frédéric II. Son parcours s’inscrit dans l’histoire des migrations professionnelles qui caractérisent l’« économie de la circulation » en Europe au XVIIIe siècle. Son histoire singulière nous permet d’aborder, à hauteur d’homme, l’histoire connectée des manufactures de soie lyonnaises et prussiennes.
Ambre Jossinet. « Ouvriers, Eigensinn et politique dans l’Allemagne du XXᵉ siècle » d’Alf Lüdtke
L’article de Alf Lüdtke, « Ouvriers, Eigensinn et politique dans l’Allemagne du XXᵉ siècle » est publié en 1996 dans la revue actes de la recherche en sciences sociales, fondée en 1975 par le sociologue Pierre Bourdieu et des chercheurs du Centre de sociologie européenne. Continuer la lecture de Ambre Jossinet. « Ouvriers, Eigensinn et politique dans l’Allemagne du XXᵉ siècle » d’Alf Lüdtke
Benjamin Duval. L’épouse, ou la dérive de la mission de l’attaché militaire Humières
Dans les milieux diplomatiques et militaires, la séparation entre sphère privée et sphère professionnelle constitue un principe essentiel du bon fonctionnement des missions à l’étranger. Cela est notamment le cas dans le cadre du rôle des attachés militaires, officiers en poste au sein des ambassades, chargés à la fois de représenter les intérêts militaires de leur pays et de recueillir des informations sur les armées étrangères, et appelés à agir en étroite coordination avec le chef de mission diplomatique afin de garantir une unité de vue et d’action1. Cette exigence confère à leur fonction un caractère particulièrement sensible, où toute perturbation des équilibres internes peut avoir des répercussions directes sur la conduite de la mission. Pourtant, cette frontière se révèle parfois poreuse.
À travers le cas du lieutenant-colonel d’Humières, attaché militaire français en Roumanie entre 1923 et 1925, il apparaît que l’irruption de la sphère familiale, loin d’être anodine, peut contribuer à un dérèglement progressif de la mission. Dans ce cadre, l’étude de ce cas met en lumière les effets concrets d’une sociabilité mondaine encouragée par la présence de l’épouse, ainsi que ses conséquences sur la conduite et la perception d’une mission diplomatique.
Juliette Petitfils. Une découverte : Le musée des Beaux-Arts de Rouen
Le musée des Beaux-Arts de Rouen possède une collection permanente très impressionnante et des plus enrichissantes.
À la suite d’une visite à l’automne, j’ai été charmée par les œuvres qu’il met en avant dans ses collections permanentes. Idéalement situé sur l’esplanade Marcel-Duchamp, le site est accessible en bus ou en métro, avec cinq minutes de marche.
Le musée tire ses origines de la Révolution française, avec une première ouverture en 1801. Une dizaine d’années plus tard, à la suite d’un élargissement des collections et aux espaces d’exposition vieillissants, le musée lance un projet d’agrandissement. L’architecte choisi est Louis Sauvageot ; sous sa direction, en 1888, ouvrent la plupart des salles du site actuel. Comme dans chaque musée des Beaux-Arts, les collections regroupent peintures, sculptures et autres objets du XVe siècle à nos jours.
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Cloe Rouquette. L’Amérique en images : le regard de Dana Lixenberg
Présentée à la Maison Européenne de la Photographie (MEP), à Paris, du 11 février au 24 mai 2026, l’exposition American Images est le premier accrochage de Dana Lixenberg en France, sous le commissariat de Marcel Feil et Laurie Hurwitz. C’est également la plus vaste exposition à ce jour consacrée à cette artiste néerlandaise née en 1964, qui partage sa vie entre Amsterdam et les États-Unis. À travers plus de trois décennies de production, cette exposition propose une lecture pleine d’humanité et critique de la société américaine.
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