Archives de catégorie : Comptes-rendus de lecture

Comptes-rendus d’articles et de livres d’histoire

Mayeul Gattus-Ferriol. “À l’ombre de l’histoire des autres” de Camille Lefebvre

Publié aux éditions de l’EHESS en 2022, cet ouvrage est un essai d’histoire familiale. L’historienne Camille Lefebvre, spécialiste de l’Afrique coloniale, y fait un pas de côté pour retracer les trajectoires familiales qui ont mené à la présence de ses quatre grands-parents à Paris dans les années 1950. Il s’agit de trajectoires familiales diverses, marquées par l’exil.

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Alienor de Cherisey. “Histoire de la Mésopotamie” de Véronique Grandpierre, éditions Folio, 2020

Dans notre imaginaire commun contemporain, la Mésopotamie nous paraît quasi légendaire. Nous l’associons aisément à des personnages ou lieux tels que Gilgamesh ou Babylone, mais elle reste très largement méconnue. Située entre le Tigre et l’Euphrate, dans une région correspondant principalement à l’Irak actuel, elle est considérée comme l’un des plus anciens grands foyers de civilisation connus de l’histoire humaine. C’est en Mésopotamie qu’apparaissent les plus anciennes villes connues, les plus anciens États organisés connus, l’écriture cunéiforme, la roue ou encore certaines des plus anciennes formes connues de lois et d’administration. Une grande partie des bases de nombreuses sociétés contemporaines trouve donc son origine dans cette civilisation ancienne (la civilisation mésopotamienne s’étend d’environ -3500 à 539 av. J.-C.).

Malgré son importance historique, la Mésopotamie est souvent moins connue du grand public que l’Égypte antique ou la Grèce. Pourtant, les Sumériens, les Babyloniens ou encore les Assyriens ont profondément marqué l’histoire humaine par leurs innovations politiques, économiques et culturelles. Cette relative méconnaissance rend particulièrement intéressante l’étude d’ouvrages consacrés à cette civilisation.

L’ouvrage Histoire de la Mésopotamie de Véronique Grandpierre propose de revenir sur l’évolution de cette civilisation fondatrice. À travers cette étude, nous pouvons mieux comprendre comment les premières sociétés urbaines se sont organisées et comment elles ont posé les bases d’éléments qui structurent encore de nombreuses sociétés contemporaines.

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Flora OLIVIER. Sur la route de Janis Joplin de Jeanne Martine Vacher, publié aux Éditions du Seuil en 1998

Journaliste et productrice à Radio France pendant plusieurs décennies, Jeanne‑Martine Vacher s’est spécialisée dans l’histoire de la musique et les grandes figures de la culture populaire américaine. Dans Sur la route de Janis Joplin, elle propose bien davantage qu’une simple biographie musicale : l’ouvrage constitue une plongée dans l’Amérique des années 1950 et 1960, période marquée à la fois par un fort conservatisme social et par l’émergence de mouvements de contestation qui transforment durablement la société américaine. Continuer la lecture de Flora OLIVIER. Sur la route de Janis Joplin de Jeanne Martine Vacher, publié aux Éditions du Seuil en 1998

Ambre Jossinet. « Ouvriers, Eigensinn et politique dans l’Allemagne du XXᵉ siècle » d’Alf Lüdtke

L’article de Alf Lüdtke, « Ouvriers, Eigensinn et politique dans l’Allemagne du XXᵉ siècle » est publié en 1996 dans la revue actes de la recherche en sciences sociales, fondée en 1975 par le sociologue Pierre Bourdieu et des chercheurs du Centre de sociologie européenne. Continuer la lecture de Ambre Jossinet. « Ouvriers, Eigensinn et politique dans l’Allemagne du XXᵉ siècle » d’Alf Lüdtke

Maïté Bronsart. Compte-rendu de lecture : Berenice II and the golden age of Ptolemaic Egypt, de Dee L. Clayman, publié en 2014 aux éditions Oxford University Press

Parler des reines d’Égypte, c’est évidemment penser à Cléopâtre VII la sulfureuse, l’ambitieuse Arsinoé II, ou plus anciennement la sublime Néfertiti ou Néfertari l’adorée. Mais beaucoup d’autres reines eurent un impact sur l’Égypte ancienne, sur sa politique, sa religion et sur ses idéaux artistiques. Bérénice II[1] devint l’une des plus puissantes reines d’Égypte (elle est la première reine à battre monnaie à son effigie). Si elle fut particulièrement célèbre de son vivant à travers les royaumes nés de l’effondrement de l’empire d’Alexandre le Grand, elle est largement oubliée par l’histoire, effacée par l’une de ses descendantes, la puissante et dangereuse Cléopâtre VII.

C’est Dee. L. Clayman qui nous offre le portrait de cette reine injustement mise de côté par l’histoire. Continuer la lecture de Maïté Bronsart. Compte-rendu de lecture : Berenice II and the golden age of Ptolemaic Egypt, de Dee L. Clayman, publié en 2014 aux éditions Oxford University Press

Flora OLIVIER. La part du rêve, histoire du premier mai en France, de Danielle Tartakowsky

Danielle Tartakowsky, professeur d’Histoire à Paris VIII, a d’abord travaillé sur le Parti communiste (Les premiers communistes français, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1980) et le Front populaire (Le Front populaire. La vie est à nous, Gallimard, coll. « Découvertes », 1996). Elle s’est ensuite spécialisée sur l’histoire des manifestations (Le pouvoir est dans la rue. Crises politiques et manifestations en France, Aubier, 1998 et La Manif en éclats, La Dispute, 2004). 

En 2005, elle publie La part du rêve, Histoire du 1er mai en France. Cet ouvrage est une contribution à l’étude de l’histoire du 1er mai mais aussi à l’histoire du rêve en politique. Danielle Tartakowsky propose un travail considérable et exhaustif, en témoignent les 70 pages de notes basées sur une recherche minutieuse dans diverses sources. Elle propose de nombreuses analyses iconographiques bien qu’elles ne soient pas reproduites dans l’ouvrage même. Il s’agit d’une étude sur la longue durée, de 1889 à 2002. L’auteur soutient la thèse de la plasticité du sens de cet événement à travers trois périodes historiques distinctes.   Continuer la lecture de Flora OLIVIER. La part du rêve, histoire du premier mai en France, de Danielle Tartakowsky

Norman MESSISSI. L’Essor du renseignement moderne. Une histoire mondiale de l’espionnage, Sébastien-Yves Laurent, Peter Jackson, avec Boris Delagenière

Cette histoire mondiale du renseignement, publiée au mois d’octobre 2025 chez Nouveaux Mondes Éditions avec le soutien du ministère des armées, est la première somme francophone synthétisant les travaux académiques sur l’histoire mondiale du renseignement. La première plume est celle d’une des figures de proue des études sur le renseignement en France : Sébastien-Yves Laurent, professeur à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po Paris. Ses recherches couvrent depuis plus de vingt-cinq ans trois axes : l’histoire et la sociologie du renseignement et du secret d’État, les enjeux cyber et technologiques dans le système international, et les mutations de la conflictualité contemporaine. Il est en outre membre du comité éditorial de la revue Intelligence and National Security depuis 2005 et cofondateur de la revue française de référence sur le sujet : Études françaises de renseignement et de cyber.
 
Le coauteur, Peter Jackson, est quant à lui un historien britannique spécialiste des relations internationales et du renseignement, qui occupe depuis février 2013 la chaire de professeur en Sécurité globale au département d’histoire de l’Université de Glasgow. Ses travaux portent sur l’histoire internationale des XIXe et XXe siècles, avec une attention particulière portée aux usages et aux limites du renseignement dans la prise de décision stratégique. Il est également codirecteur du Scottish Council on Global Affairs (SCGA), think tank dédié aux questions de politique internationale. Surtout, Peter Jackson a dirigé de 2004 à 2016, en tant qu’éditeur en chef, la revue Intelligence and National Security, considérée comme la principale revue académique mondiale dans le domaine des intelligence studies. L’ouvrage bénéficie également de la contribution de Boris Delagenière, historien français spécialisé en histoire du renseignement et des relations internationales et auteur d’une thèse en histoire contemporaine soutenue en 2025 à l’université Paris-Sorbonnes sur le renseignement américain face à la Chine pendant la Guerre froide1. Continuer la lecture de Norman MESSISSI. L’Essor du renseignement moderne. Une histoire mondiale de l’espionnage, Sébastien-Yves Laurent, Peter Jackson, avec Boris Delagenière

  1. Delagenière Boris, L’aigle et le dragon. Le renseignement extérieur américain face à la Chine maoïste (1947-1976), thèse de doctorat en histoire contemporaine, sous la direction de Olivier Forcade, Sorbonne Université, 2025. []

AZRA ERSEVIK. COMPTE RENDU DE ATOMIC STEPPE : HOW KAZAKHSTAN GAVE UP THE BOMB, DE TOGZHAN KASSENOVA

« L’été est là. La chaleur de juillet est à son comble,                                                  Se dressant sur des prairies verdoyantes
Où croissent les carex et les fleurs sauvages.
Un aoul vient vers cette rivière grondante
Pour s’y établir le temps de l’été,
Parmi des pâturages si hauts que les chevaux
Se devinent à peine. Ils sont bien nourris
Poulains, juments et étalons. » (p.30)
Abai Kounanbaïouly, poète et écrivain kazakh, originaire de la région de Semipalatinsk (1845–1904)

C’est par ces vers d’Abai Kounanbaïouly, père de la littérature kazakhe, que Togzhan Kassenova ouvre le premier chapitre de son ouvrage Atomic Steppe: How Kazakhstan Gave Up the Bomb, publié en 2022 par Stanford University Press . Le choix de cette citation n’est pas anodin.  En ouvrant le chapitre sur un poème enraciné dans la mémoire pastorale de la région de Semipalatinsk, Kassenova confronte la splendeur de la steppe à la rupture provoquée par le nucléaire soviétique. Dans cet ouvrage, l’autrice relit le désarmement kazakh non comme un simple épisode technique, mais comme un processus de construction nationale, mémorielle et morale.  Continuer la lecture de AZRA ERSEVIK. COMPTE RENDU DE ATOMIC STEPPE : HOW KAZAKHSTAN GAVE UP THE BOMB, DE TOGZHAN KASSENOVA

Nathan Dylis. « Quartier » et expériences politiques dans les faubourgs du nord-est parisien en 1848

Qu’est-ce qu’un voisin ? Ces mots ouvrent l’article de Laurent Clavier, professeur d’histoire-géographie et spécialiste des classes populaires parisiennes et des journées de juin 1848. L’objectif affiché de l’article est la compréhension des réseaux de voisinage dans la mobilisation politique inhérente aux journées de juin 1848.

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OLIVIER GUYON. LE CANNIBALISME DANS L’ESTOIRE D’ERACLES. UNE AFFAIRE DE GOÛT ?

Maître assistante à l’Université d’Indiana, Pantalea Mazzitello s’interroge, dans cet article publié en 20181, sur les scènes d’anthropophagie dans la version toscane de L’estoire d’Eracles, elle-même traduction en langage vernaculaire, le français en l’occurrence, de l’Historia Rerum in Partibus Transmarinis Gestarum de Guillaume de Tyr2. L’intérêt de l’Eracles réside dans le fait que, outre les épisodes de cannibalisme relatés dans d’autres récits de la Première croisade, que ce soit à Antioche ou peu après à Ma’arra (située dans l’actuelle Syrie), il fait état du lynchage de l’empereur de Constantinople, Andronic Ier Comnène, survenu en 1185 : cet ajout permet d’aborder à partir d’une même source deux types d’anthropophagie dans des contextes historiques différents. En croisant sa source principale avec d’autres chroniques et chansons relatives à la Première croisade, l’autrice entend ainsi souligner comment les chroniqueurs ont cherché à présenter ces actes de cannibalisme, dont la pratique ne pouvait que ternir l’image idéalisée du croisé.

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