Étudier L’une chante, l’autre pas (1977) avec un regard d’historienne, ce n’est pas traquer les anachronismes. C’est analyser comment Agnès Varda, en tant que contemporaine engagée, construit une archive de la deuxième vague du féminisme. Plus qu’une fiction, ce film est le miroir d’une époque en pleine ébullition.
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HUGO TINCHANT. LA TRILOGIE AUTOBIOGRAPHIQUE DE VITALI KANEVSKI
À travers Bouge pas, meurs, ressuscite (1989), Une vie indépendante (1992) et Nous, les enfants du XXème siècle (1994), Vitali Kanevski dépeint son enfance en URSS au moment où celle-ci s’effondre : une manière d’enterrer sa vie de jeune garçon ?
Bouge pas, meurs, ressuscite (1989) : une peinture du stalinisme encensée par la critique occidentale

La perestroïka est initiée en avril 1985 par Mikhaïl Gorbatchev, entraînant la mise en œuvre d’importantes réformes économiques, politiques et sociales, la démocratisation générale de toutes les sphères de la vie et la mise en place d’une politique de glasnost : un assouplissement de la censure et une liberté d’expression élargie. Cette politique entraîne un dégel du cinéma soviétique lors du Ve congrès des cinéastes en mai 1986. Elem Klimov, qui avait grandement souffert de la censure, est nommé Premier Secrétaire et une nouvelle ligne de conduite est adoptée : suppression de la tutelle du Goskino (ministère du cinéma) et de toute censure idéologique et morale, libération de la production cinématographique et enfin création d’une Commission des conflits destinée à liquider les séquelles de la censure en approuvant des œuvres autrefois interdites1. L’un des symboles du dégel est Le Repentir (1984) de Tenguiz Abouladze qui, à travers un personnage principal hybride évoquant à la fois Staline, Beria, Hitler et Mussolini, dresse une critique du totalitarisme. Interdit par Brejnevlors de sa conception et interdit de projection par ses successeurs Andropov et Tchernenko, il sort finalement en 1987 après son passage devant la Commission des conflits. Bouge pas, meurs, ressuscite (1989) s’inscrit dans cette dynamique : son réalisateur Vitali Kanevski est lui aussi un réalisateur classé indésirable par l’institution soviétique brejnévienne et il est donc contraignant pour lui de mener son activité artistique. Il a purgé, de 1966 à 1974, une peine de huit ans en camp de travail pour un viol qu’il assure n’avoir jamais commis. Il affirme qu’il s’agit d’un coup monté du KGB, à la suite de son refus d’être leur informateur, et que la jeune femme qui l’a accusé – fille d’un colonel du KGB – est revenue sur sa déposition et a demandé à l’administration à ce qu’il soit gracié2. De plus, son film autobiographique s’inscrit dans un mouvement issu de l’Europe de l’Est qui présente à l’Occident les dérives du marxisme-léninisme (stalinisme) dans l’URSS et ses satellites. Enfin, Vitali Kanevski vécut de larcins dans le village côtier et minier Soutchan (aujourd’hui nommé Partizansk) dansl’Extrême-Orient russe faisant de lui un ennemi de l’exemplarité soviétique. Continuer la lecture de HUGO TINCHANT. LA TRILOGIE AUTOBIOGRAPHIQUE DE VITALI KANEVSKI
- GODET Martine, La pellicule et les ciseaux : la censure dans le cinéma soviétique du Dégel à la Perestroïka, CNRS Éditions, Paris, 2010. [↩]
- СТАС ТЫРКИН, Виталий Каневский : «Мужик в Каннах сказал, что виски лучше водки, – как я могтакое стерпеть ?!», [https://www.kp.ru/daily/24605/776216/], consulté le 4 mars 2026. [↩]
Tinchant Hugo. Peter Watkins : l’histoire au service du docu-fiction
Peter Watkins : l’histoire au service du docu-fiction
Peter Watkins est un réalisateur britannique né en 1935. Il est connu pour ses films politisés tels que La Commune ou Punishment Park, que nous allons étudier en détail. C’est un militant pacifiste, anti-impérialiste, anti-américain et antifasciste. Il utilise le concept de docu-fiction : utiliser les codes du documentaire dans le cadre d’une fiction afin de plonger le spectateur en immersion dans une époque où la caméra n’existait pas (La Commune) ou dans une uchronie (Punishment Park). Il associe le contexte de narration et le contexte de sortie afin de mieux dénoncer la répétition des schémas d’oppression. Il critique avec véhémence les médias, constamment dans la quête du sensationnel, qualifiés de « monoforme » : ils utilisent les mêmes codes pour filmer les évènements et pour procurer des émotions aux spectateurs contrôlées par ces mêmes médias. A travers les exemples de La Commune et de Punishment Park, nous allons voir comment Peter Watkins part d’événements historiques pour dénoncer ses contemporains : les médias, les dirigeants et même les dirigés. Continuer la lecture de Tinchant Hugo. Peter Watkins : l’histoire au service du docu-fiction
Baptiste Eychenne. The Brutalist de Brady Corbet, une trajectoire singulière dans le rêve américain
Introduction et synopsis
Ni L’Enfance d’un Chef (2015), ni Vox Lux (2018), les deux précédents métrages de Brady Corbet, jeune réalisateur états-unien, n’avaient fait l’objet d’une sortie au cinéma. Dès lors, s’inviter dans les salles sombres avec une fresque de 3 heures et demie (entracte compris), tournée uniquement en VistaVision, relève de l’entrée tonitruante. En effet, monumental, The Brutalist l’est certes par sa durée, mais surtout par ses ambitions, autant démesurées que maîtrisées. Dissimulé sous les airs d’un biopic historique comme Hollywood sait si bien les usiner, le film prend pourtant le contrepied de toute une industrie et ouvre, par-là, des perspectives excitantes qu’il convient d’aborder sur le plan social puis historique.
The Brutalist conte l’histoire d’un architecte juif et hongrois – Laszlo Toth (incarné par Adrien Brody), personnage fictif qui, fuyant l’Europe au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale, vient trouver « l’accueil » et l’avenir aux Etats-Unis. De petits travaux de subsistance en rencontres fortuites, il fait la connaissance d’un baron local, Harrison Van Burren (Guy Pearce), lequel confie à Laszlo la tâche d’ériger un monument architectural sur ses terres. C’est autour de ce chantier d’une vie que se noue la trajectoire de l’immigré hongrois. C’est par lui qu’il exprime son art architectural, le brutalisme, et qu’il découvre en parallèle la brutalité inouïe d’un monde social puis d’un pays auxquels il demeure étranger. Continuer la lecture de Baptiste Eychenne. The Brutalist de Brady Corbet, une trajectoire singulière dans le rêve américain
Tinchant Hugo. Il est difficile d’être un dieu (Трудно быть богом), représentation désuète du Moyen Âge ?
Présentation du film
Il est difficile d’être un dieu, réalisé par Aleksei Yuryevich German en 2013, est l’œuvre testamentaire d’un réalisateur, soviétique puis russe, peu productif (six films à son compteur) mais reconnu dans le monde entier pour ses œuvres contemplatives, par l’utilisation du plan-séquence en noir et blanc, sa réécriture de l’histoire officielle soviétique, qui lui a valu moults censures, et son univers où pessimisme et fatalité sont omniprésents 1 . C’est son fils qui a dû assurer le montage de ce long métrage 2 , à la suite de la mort inattendue de celui qui dirige cette œuvre. Celle-ci est par ailleurs inspirée du roman éponyme des frères Strougatski, paru en 1963 3 .
- GABRIEL Nicole, ALEXEÏ GUERMAN (1938-2013), https://www.universalis.fr/encyclopedie/alexei-guerman/, consulté le 27 octobre 2024 [↩]
- Alexeï Guerman, réalisateur démesuré, https://www.telerama.fr/alexei-guerman-realisateur-/, consulté le 27 octobre 2024. [↩]
- Il est difficile d’être un dieu – Arcadi Strougatski, [https://www.babelio.com/livres/Strougatski-Il-est-difficile-detre-un-dieu/86999], consulté le 27 octobre 2024. [↩]
Remi Bernard. Napoléon, un film d’histoire.
Il aurait dû être le projet de Kubrick. Il aurait dû être le film définitif sur Napoléon. Il est pendant longtemps resté un fantasme des cinéphiles ; tué par le coût exorbitant et l’échec du film Waterloo (1970) de Sergueï Bondartchouk. Le réalisateur de Barry Lyndon 1975 a dû abandonner un scénario de 180 pages, (3h théoriques, l’usage voulant qu’une page soit égale à une minute) et un dossier de 15 000 photos. Et puis le projet a été repris par un autre réalisateur touche à tout habitué aux films à grand spectacle et historiques : Ridley Scott. Celui qui a mis à en scène Gladiator (2000), Kingdom of Heaven (2005) et Le Dernier Duel (2021) a-t-il réussi à reprendre le Flambeau le Kubrick en réalisant un grand film historique ?
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