Archives par mot-clé : Femmes

Marion Pradoux. À la recherche de Mme Dupré de Saint-Maur, tentative d’incursion dans un salon parisien oublié du XVIIIe siècle

L’objectif de la microhistoire n’est pas de réduire l’analyse historique à l’anecdotique, mais à l’inverse d’éclairer différemment les grands événements ou phénomènes historiques. Cette approche autorise « une reconstitution du vécu inaccessible aux autres approches historiographiques », mais permet également de repérer les « structures invisibles » autour desquelles ce vécu est organisé1. En d’autres termes, elle permet ainsi d’une part de lever le voile sur des personnes jusqu’alors ignorées par l’historiographie et, d’autre part, d’analyser et comprendre leur participation à la « grande histoire ». La microhistoire permet ainsi de combler les lacunes induites par les pratiques privilégiant des sources et en négligeant d’autres, à travers la restitution d’expériences individuelles. Aucune étude n’a jusqu’à présent été consacrée à Mme Dupré de Saint-Maur. Elle n’est que très rarement mentionnée dans les analyses, peu nombreuses, des travaux de son mari, membre de l’Académie française. Son nom apparaît parfois dans le cadre d’éditions de correspondances d’hommes des Lumières comme Montesquieu. Enfin, les travaux portant sur son fils Nicolas, intendant de Berry puis de Guyenne, n’ont guère été l’occasion d’approfondir l’étude de Mme Dupré de Saint-Maur. L’enjeu de mes travaux est de dépasser une connaissance superficielle de l’épouse, la mère ou l’amie de tel homme, mais bien de s’intéresser à Mme Dupré de Saint-Maur pour elle-même. Femme de son temps, Mme Dupré de Saint-Maur tient salon. Il m’a semblé intéressant de travailler sur les formes de sociabilité de la noblesse et plus spécifiquement sur la sociabilité du salon robin, ses pratiques sociales et culturelles. Rare espace de sociabilité structuré autour d’une femme2, le salon constitue un lieu d’étude intéressant pour essayer de comprendre le réseau relationnel de Mme Dupré de Saint-Maur ainsi que son positionnement vis-à-vis des idées nouvelles des Lumières, malgré le très faible nombre de sources mentionnant ce salon de la rue Michel le Comte.

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Maïté Bronsart. Compte-rendu de lecture : Berenice II and the golden age of Ptolemaic Egypt, de Dee L. Clayman, publié en 2014 aux éditions Oxford University Press

Parler des reines d’Égypte, c’est évidemment penser à Cléopâtre VII la sulfureuse, l’ambitieuse Arsinoé II, ou plus anciennement la sublime Néfertiti ou Néfertari l’adorée. Mais beaucoup d’autres reines eurent un impact sur l’Égypte ancienne, sur sa politique, sa religion et sur ses idéaux artistiques. Bérénice II[1] devint l’une des plus puissantes reines d’Égypte (elle est la première reine à battre monnaie à son effigie). Si elle fut particulièrement célèbre de son vivant à travers les royaumes nés de l’effondrement de l’empire d’Alexandre le Grand, elle est largement oubliée par l’histoire, effacée par l’une de ses descendantes, la puissante et dangereuse Cléopâtre VII.

C’est Dee. L. Clayman qui nous offre le portrait de cette reine injustement mise de côté par l’histoire. Continuer la lecture de Maïté Bronsart. Compte-rendu de lecture : Berenice II and the golden age of Ptolemaic Egypt, de Dee L. Clayman, publié en 2014 aux éditions Oxford University Press

Benjamin Duval. L’épouse, ou la dérive de la mission de l’attaché militaire Humières

Dans les milieux diplomatiques et militaires, la séparation entre sphère privée et sphère professionnelle constitue un principe essentiel du bon fonctionnement des missions à l’étranger. Cela est notamment le cas dans le cadre du rôle des attachés militaires, officiers en poste au sein des ambassades, chargés à la fois de représenter les intérêts militaires de leur pays et de recueillir des informations sur les armées étrangères, et appelés à agir en étroite coordination avec le chef de mission diplomatique afin de garantir une unité de vue et d’action1. Cette exigence confère à leur fonction un caractère particulièrement sensible, où toute perturbation des équilibres internes peut avoir des répercussions directes sur la conduite de la mission. Pourtant, cette frontière se révèle parfois poreuse.

À travers le cas du lieutenant-colonel d’Humières, attaché militaire français en Roumanie entre 1923 et 1925, il apparaît que l’irruption de la sphère familiale, loin d’être anodine, peut contribuer à un dérèglement progressif de la mission. Dans ce cadre, l’étude de ce cas met en lumière les effets concrets d’une sociabilité mondaine encouragée par la présence de l’épouse, ainsi que ses conséquences sur la conduite et la perception d’une mission diplomatique.

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MYLÈNE BOUTONNET-TRANIER. COMPTE RENDU DE LECTURE : VICHY ET L’ÉTERNEL FÉMININ 

Francine Muel-Dreyfus est une historienne contemporaine, Chef de travaux au Centre de sociologie de l’éducation et de la culture de l’École des hautes études en sciences sociales qui axe principalement son travail autour des problématiques d’éducation. Au travers de cet ouvrage publié en 1996, elle réalise une analyse du régime de Vichy sous l’angle de la division sexuelle du monde social, en détaillant par ailleurs les évènements antérieurs qui ont amené cette politique à trouver une certaine légitimité dans un contexte de Seconde Guerre mondiale. En outre, elle y analyse l’étude des logiques sociales ayant permis la production du mythe de « l’éternel féminin » qui explose dans les années 40. Pour ce faire, elle propose une démonstration en trois grandes parties pour étayer son propos.   

En premier lieu, l’historienne met en exergue les principales raisons de la mise en place d’une politique genrée par le régime de Vichy, restrictive et orientée pour les femmes. Ensuite, elle souligne dans quelle mesure ces nouvelles situations féminines ont été pointées du doigt et pour lesquelles la notion de sacrifice est évoquée : les femmes doivent se sacrifier d’une manière ou d’une autre pour que la société soit fonctionnelle. Enfin, l’historienne avance la thèse du parallèle entre ordre biologique et ordre social, et en outre le concept de prédestination sexuelle et sociale allant de pair avec le contrôle des corps.   

Dans cette démonstration, Francine Muel-Dreyfus met en lumière les mécanismes politiques et religieux ayant émergé dans un contexte de guerre soutenant la division sexuelle du monde social est une résurgence du mythe de l’Eternel féminin.  

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Justine Canet. D’AIGUILLES ET DE LECONS: L’EDUCATION DES MERES SOUS L’ANCIEN REGIME

Mes lectures pour la construction de l’État de l’art de mon mémoire de première année de Master m’ont amené à étudier – et à écrire – sur l’éducation des filles au sein de la société française d’Ancien Régime. Plusieurs acteurs, plusieurs institutions mais également plusieurs méthodes interviennent dans les manières d’instruire les filles, à l’instar des petites écoles, des maîtres particuliers, des gouvernantes ou encore des congrégations religieuses. Le niveau d’éducation et la qualité des enseignements administrés aux petites filles dépend du milieu de vie, urbain ou rural, des ressources financières et du statut social des parents. Ainsi, une demoiselle, c’est-à-dire une jeune fille issue de la noblesse, reçoit une éducation propre à son rang, puisqu’en tant que noble elle doit être en mesure d’ordonner aux domestiques, de recevoir des invités, de plaire – avec le chant, la pratique d’un instrument ou encore la danse –, ou encore de tenir un salon littéraire s’il s’agit d’une aristocrate1 . L’éducation des filles, au même titre que celle des garçons, est caractérisée par sa diversité. Seule l’éducation des parents et des aïeuls, et plus précisément des mères, est commune aux enfants des sociétés d’Ancien Régime, indépendamment de leur statut social. Par ailleurs, les enfants sont mêlés très tôt au travail familial, que ce soit au sein de la maison, dans les ateliers ou encore dans les champs. Continuer la lecture de Justine Canet. D’AIGUILLES ET DE LECONS: L’EDUCATION DES MERES SOUS L’ANCIEN REGIME

  1. Membre de la noblesse d’épée. []

Cécile Jeanne. LES VITAE FÉMININES MÉROVINGIENNES : QUEL TYPE DE SOURCES POUR L’HISTORIEN ?

Illustration : « Radegonde guérit l’aveugle Bella », Vie de sainte Radegonde, manuscrit du XIe siècle, médiathèque de Poitiers1

L’engouement des médiévistes pour les récits hagiographiques est récent. Les historiens méthodiques de la fin du XIXe siècle et leurs héritiers du XXe siècle affichaient un réel mépris pour cet « odieux fatras2  » et ne pouvaient envisager d’en faire usage à des fins scientifiques. C’est au XXe siècle qu’une méthodologie critique propre aux textes hagiographiques a vu le jour sous les plumes d’Hippolyte Delehaye puis de René Aigrain. Les sources hagiographiques ont ainsi acquis le statut de sources historiques et sont devenues incontournables en histoire sociale. Elles représentent pour l’historien l’ensemble documentaire le plus important du très haut Moyen Âge. Elles sont constituées de plusieurs types de récits : les Passions ou les supplices subis par les martyrs, les Vies ou biographies de personnages reconnus comme saints, les Miracles, c’est-à-dire le récit de faits positifs extraordinaires, en dehors du cours naturel des choses, que le croyant attribue à une intervention divine providentielle et auxquels il donne une portée spirituelle, et enfin les Translations ou le fait de transporter les restes mortuaires de quelqu’un d’un lieu à un autre.  Continuer la lecture de Cécile Jeanne. LES VITAE FÉMININES MÉROVINGIENNES : QUEL TYPE DE SOURCES POUR L’HISTORIEN ?

  1. VENANCE FORTUNAT, Vita Radegundis, https://www.mediatheques-grandpoitiers.fr/Default/digital-viewer/c-1117076 [consulté le 27 février 2024] []
  2. LOT Ferdinand, La fin du monde antique et le début du Moyen Âge, Paris, La Renaissance du livre, 1927. []

CLAIRE BRU. ÉCRIRE L’HISTOIRE DES FEMMES À L’HÔPITAL : À LA RECHERCHE DES SOURCES 

Alors que les femmes n’ont longtemps pas été considérées comme des sujets de recherche historique, il est aujourd’hui difficile pour le chercheur de débusquer la gent féminine dans les sources. Tel est le cas des archives hospitalières, dont le contenu est très majoritairement le fruit des hommes. Cet article met en évidence les difficultés rencontrées pour trouver les femmes dans les sources hospitalières et les biais que cette recherche peut engendrer. 

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Anne Mariotti. Maria Botchkareva, première femme combattante dans l’armée russe.

Les femmes russes se sont toujours engagées comme infirmières dans l’armée russe, notamment pendant les guerres russo-japonaises. Durant la Première Guerre Mondiale, la Grande Duchesse Maria Pavlovna, explique que s’engager comme infirmière lui a permis de découvrir les réalités de la vie du peuple. Maria Ulyanovna, sœur de Vladimir Ilitch Lénine et agent bolchevik, s’est aussi faite, elle aussi enrôlée pour échapper aux suspicions de la police. Ces deux exemples nous montrent que des femmes de diverses classes sociales ont été infirmières : des femmes de lettres, des étudiantes, des femmes médecins ou encore des figures du milieu culturel comme l’épouse et les filles du chanteur d’opéra Fiodor Chiapaline. En 1915, l’Union Automobile des Zemstvos organise un concours automobile ouvert tant aux hommes qu’aux femmes. Elle remarque alors que si les hommes ont de meilleurs résultats en termes de performances, les femmes ont de meilleures connaissances théoriques. Les cinquante-huit femmes présentes réussissent toutes à obtenir un diplôme de conductrice automobile et l’armée tsariste accepte de s’ouvrir aux femmes ambulancières. L’Union des Zemstvos compte trente mille femmes parmi ses membres en 1916. L’Union des Villes et de la Croix Rouge en comptabilise dix mille. Les femmes sont aussi majoritaires au sein du comité moscovite d’aide aux réfugiés de guerre. Mais elles restent tout de même cantonnées au domaine médical et les femmes soldats n’existent pas encore.

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Cathie Miclo. Compte-rendu de lecture sur l’article de Matthew DILLON, Girls and Women in Classical Greek Religion publié en décembre 2013

Matthew P.J. Dillon est un historien et professeur d’histoire ancienne à l’université de Nouvelle Angleterre en Australie. Il a écrit de nombreux ouvrages et essais sur les pèlerinages en Grèce antique et la divination grecque, ainsi que l’éducation des jeunes filles et des femmes à Athènes.  

A l’époque classique, même si la culture grecque est majoritairement orale, les écrits se développent. Au Vème siècle avant J.C., la pratique de l’écriture devient monnaie courante. Cependant, la lecture silencieuse était peu utilisée, et les Athéniens préféraient la lecture à voix haute, à plusieurs. L’iconographie indique ce caractère collectif de la lecture.  L’enseignement des enfants est collectif également, mais payant et privé donc seules les riches familles athéniennes étaient concernées. Les sources mentionnent majoritairement des garçons dans ces écoles, cependant Matthew Dillon a tenu à rétablir l’équité dans son article.

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Coralie Verstraete. Naître et vivre femme en Egypte ancienne

Résumé : La femme en Égypte ancienne peut être perçue comme une arbitre d’elle-même. Contrairement aux femmes de la Grèce antique, qui étaient d’éternelles mineures, elles avaient accès, en Egypte, à plus de libertés, les femmes étant considérées comme des égales de l’homme. En effet, les Egyptiens pensaient que le dieu qui avait créé ces deux sexes n’avait pas fait de différenciation. Ainsi, la femme n’avait de différent de l’homme que son sexe naturel. 

« Naître et vivre femme en Egypte ancienne » est un sujet encore très peu exploité. Comment la jeune fille pouvait-elle avoir accès à une éducation, égale à celle d’un jeune Égyptien ? Quelles étaient les conditions de son mariage ? Comment se passait son divorce ? Qui était cette femme au sein d’un royaume aussi large et puissant que l’Egypte ? C’est autant de questions auquel cet article tâchera d’apporter des réponses. 

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