Jean Nicolas, historien reconnu de l’histoire de la Savoie, nous a quitté en août de cette année 2025. Son ouvrage clé, La Révolution française dans les Alpes, est un passage obligé pour tout étudiant désireux de découvrir cet espace et aborder la question de la projection révolutionnaire au delà des frontières françaises. Il est une synthèse d’un travail de plusieurs décennies : sortir du prisme religieux et politique, pour proposer une passionnante histoire sociale et économique, traitant le phénomène contre-révolutionnaire savoyard comme un événement protéiforme et complexe.
Archives par mot-clé : Histoire Contemporaine
LES LAURÉATS DU PRIX DU MASTER 2025
La cérémonie du prix du master d’histoire 2025 s’est tenue le jeudi 27 novembre dernier. Comme chaque année, le département d’histoire récompense les meilleurs mémoires de M2 soutenus dans l’année, au sein de l’université.
Parmi la cinquantaine de mémoires soutenus en 2025, les mieux notés et ceux recommandés par les directeurs de mémoires sont sélectionnés pour concourir. Cette année, une dizaine de mémoires ont été sélectionnés. Par la suite, les travaux des étudiants qui concourent sont relus par deux membres du jury. Ce jury est constitué d’une dizaine d’enseignants-chercheurs et d’enseignantes-chercheuses du département d’histoire de l’Université Paris-Nanterre. Continuer la lecture de LES LAURÉATS DU PRIX DU MASTER 2025
Perrine Berthet. Le viol de guerre entre absence et omniprésence. Une arme de guerre qui peine à être reconnue comme crime international. Partie II.
Cet article en deux parties s’intéresse à la question du viol en temps de guerre et à la manière dont ce sujet a été pris en compte par la communauté internationale. La première partie a eu pour vocation d’examiner la définition du « viol de guerre », les différents acteurs qui l’entourent et son apparition dans le droit international. La deuxième partie, quant à elle, porte sur la manière dont ce crime a très longtemps été passé sous silence malgré la révélation inévitable des actes subis par les victimes.
Johann Cox. Le cimetière militaire américain de Luxembourg : entre mémoire et transmission.
Objectif : L’American Battle Monuments Commission (ABMC) cherche à faire réfléchir les visiteurs sur le service, l’expérience et le sacrifice des membres des forces armées qui ont courageusement sacrifié leurs vies pour libérer l’Europe. Cette volonté est mise en pratique lors des visites guidées dont le but est notamment de faire ressentir aux visiteurs une connexion émotionnelle à travers le récit de leurs histoires. Il s’agit également pour les guides de communiquer la mission de l’ABMC aux visiteurs 1 .
- American Battle Monuments Commission, About Us, [https://www.abmc.gov/about-us], consulté le 25 avril 2023 [↩]
Alan Galbraith. La grève des loyers dans les foyers SONACOTRA (1973-1979), Une mobilisation d’immigrés dans les années 68
La mobilisation des résidents des foyers pour travailleurs immigrés SONACOTRA (Société Nationale de Construction de foyers pour les Travailleurs), pour une amélioration de leurs conditions de logement, vient s’insérer dans le contexte contestataire qui secoue la société française à partir de 1968 jusqu’au début des années 1980. Continuer la lecture de Alan Galbraith. La grève des loyers dans les foyers SONACOTRA (1973-1979), Une mobilisation d’immigrés dans les années 68
Emma VIAU. Compte-rendu de lecture : La dictature de Salazar face à l’émigration. L’Etat portugais et ses migrants en France (1957-1974), de Victor Pereira
Je suis une étudiante en Master 2 Parcours 3 sous la codirection de Xavier Vigna et de Christophe Araújo, respectivement spécialistes de l’histoire ouvrière et de la civilisation portugaise, et mon sujet de recherche s’intitule : « Travailler, subir, résister : vies ouvrières sous l’Estado Novo 1 de son instauration à 1949 ». Je cherche à étudier le vécu de la population ouvrière portugaise, sa vie quotidienne, ses actions, son agentivité sous un régime autoritaire qui ne lui était pas favorable et qui prônait ouvertement un discours anti-libéraliste, anti-communiste et anti lutte des classes marginalisant les ouvrier.es et leurs revendications. Afin de mener à bien mes recherches, je me suis appuyée sur une large bibliographie portugaise mais aussi française, espagnole ou encore allemande. En réalité, peu de travaux portent spécifiquement sur mon sujet, ce qui m’a amené à élargir mes horizons de lecture. Parmi ces ouvrages historiques consultés, un a attiré ma curiosité. S’il ne traite pas spécifiquement la population ouvrière et qu’il s’éloigne de mes bornes chronologiques ainsi que de mon terrain de recherche qu’est le Portugal métropolitain, l’ouvrage de Victor Pereira, La dictature de Salazar face à l’émigration. L’Etat portugais et ses migrants en France (1957-1974) 2 , paru en 2012, a éveillé mon intérêt. Je vous en propose alors un compte rendu.
- L’Estado Novo, ou État Nouveau en français, est le nom donné à la dictature qui a régi le Portugal de 1933 à 1974, d’abord dirigée par Antonio de Oliveira Salazar de sa constitution à 1968 puis par Marcelo Caetano de cette date à son renversement révolutionnaire [↩]
- Pereira Victor, La dictature de Salazar face à l’émigration. L’Etat portugais et ses migrants en France (1957-1974)., Paris, Presses de Sciences Po, 2012. [↩]
Yaaqobi Maryam. Compte rendu d’un café littéraire sur l’ouvrage “La grande tuerie des chiens : Mexico en Occident XVIIIe-XXIe siècles.”
Chiens errants et pouvoir colonial : retour sur notre café littéraire avec M. Exbalin
Tinchant Hugo. Peter Watkins : l’histoire au service du docu-fiction
Peter Watkins : l’histoire au service du docu-fiction
Peter Watkins est un réalisateur britannique né en 1935. Il est connu pour ses films politisés tels que La Commune ou Punishment Park, que nous allons étudier en détail. C’est un militant pacifiste, anti-impérialiste, anti-américain et antifasciste. Il utilise le concept de docu-fiction : utiliser les codes du documentaire dans le cadre d’une fiction afin de plonger le spectateur en immersion dans une époque où la caméra n’existait pas (La Commune) ou dans une uchronie (Punishment Park). Il associe le contexte de narration et le contexte de sortie afin de mieux dénoncer la répétition des schémas d’oppression. Il critique avec véhémence les médias, constamment dans la quête du sensationnel, qualifiés de « monoforme » : ils utilisent les mêmes codes pour filmer les évènements et pour procurer des émotions aux spectateurs contrôlées par ces mêmes médias. A travers les exemples de La Commune et de Punishment Park, nous allons voir comment Peter Watkins part d’événements historiques pour dénoncer ses contemporains : les médias, les dirigeants et même les dirigés. Continuer la lecture de Tinchant Hugo. Peter Watkins : l’histoire au service du docu-fiction
Baptiste Eychenne. The Brutalist de Brady Corbet, une trajectoire singulière dans le rêve américain
Introduction et synopsis
Ni L’Enfance d’un Chef (2015), ni Vox Lux (2018), les deux précédents métrages de Brady Corbet, jeune réalisateur états-unien, n’avaient fait l’objet d’une sortie au cinéma. Dès lors, s’inviter dans les salles sombres avec une fresque de 3 heures et demie (entracte compris), tournée uniquement en VistaVision, relève de l’entrée tonitruante. En effet, monumental, The Brutalist l’est certes par sa durée, mais surtout par ses ambitions, autant démesurées que maîtrisées. Dissimulé sous les airs d’un biopic historique comme Hollywood sait si bien les usiner, le film prend pourtant le contrepied de toute une industrie et ouvre, par-là, des perspectives excitantes qu’il convient d’aborder sur le plan social puis historique.
The Brutalist conte l’histoire d’un architecte juif et hongrois – Laszlo Toth (incarné par Adrien Brody), personnage fictif qui, fuyant l’Europe au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale, vient trouver « l’accueil » et l’avenir aux Etats-Unis. De petits travaux de subsistance en rencontres fortuites, il fait la connaissance d’un baron local, Harrison Van Burren (Guy Pearce), lequel confie à Laszlo la tâche d’ériger un monument architectural sur ses terres. C’est autour de ce chantier d’une vie que se noue la trajectoire de l’immigré hongrois. C’est par lui qu’il exprime son art architectural, le brutalisme, et qu’il découvre en parallèle la brutalité inouïe d’un monde social puis d’un pays auxquels il demeure étranger. Continuer la lecture de Baptiste Eychenne. The Brutalist de Brady Corbet, une trajectoire singulière dans le rêve américain
Aleksandar Jovanovic. Compte rendu de lecture du livre de Bernard Lory, Les Tsiganes des Balkans (1280-1914). Documents rassemblés, traduits et commentés par Bernard Lory, Paris, Les Belles Lettres, 2024.
Bernard Lory, professeur émérite à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) de Paris est une figure importante dans le champ des études balkaniques. Sa démarche se distingue par une volonté de dépasser les approches classiques centrées sur l’histoire politique et institutionnelle 1 . Il plaide en effet pour une lecture des sociétés balkaniques qui prend en compte les facteurs géographiques, culturels et ethnologiques, considérant ces derniers comme essentiels à la compréhension des trajectoires historiques propres à la péninsule. Il a publié plusieurs livres sur ces sujets dont L’Europe balkanique. De 1945 à nos jours 2 ou encore La ville balkanissime. Bitola 1800-1918 3 .